ESPRIT DU COLLOQUE

L’Association Internationale de Recherche en Management Public (AIRMAP) regroupe des institutions ainsi que des chercheurs français et étrangers spécialisés dans les domaines du management public et de l’action publique. Lieu d’échange entre les milieux universitaires et les acteurs de l’action publique, l’AIRMAP est aussi un lieu d’exploration d’idées, d’instruments et de pratiques novatrices.

Le 9ème colloque de l’AIRMAP, qui se déroulera à l’Institut Montpellier Management les 28 et 29 mai 2020, aura pour thème « L’entrepreneuriat : quels défis du management public ? »

L’AIRMAP invite les communautés des sciences de gestion et des sciences sociales à présenter autour de cette question ou des thématiques traditionnelles du management public (marketing territorial, finance publique, gouvernance des établissements éducatifs , des établissements de santé, histoire des administration, gestion des collectivités et territoire, gestion du tourisme, gestion de la sécurité, logistique, système d’information et e-administration) :

- des communications théoriques ;

- des travaux d’enquêtes de terrain ;

- des exposés sur de nouveaux instruments opérationnels,  méthodes et diagnostics.

 

 Le colloque est soucieux de mettre en valeur notamment :

- le pluralisme des approches méthodologiques, conceptuelles et empiriques ;

- les diagnostics fondés sur des enquêtes de terrain locales et comparatives ;

- les nouveautés des démarches opérationnelles ;

- le dynamisme des jeunes chercheurs.

THÈME : L'ENTREPRENEURIAT: QUELS DÉFIS POUR LE MANAGEMENT PUBLIC?

Le New Public Management est un mode de management public qui emprunte des méthodes et outils du secteur privé, basés sur la recherche de la performance et de résultats (Osborne et Gaebler, 1992). Son déploiement, qui sous-tend, à partir des années quatre-vingt, le mouvement international des politiques de réforme administrative, doit favoriser le passage d’une culture bureaucratique, caractéristique des administrations et jugée dysfonctionnelle, à une culture entrepreneuriale caractérisée par l’innovation, la proactivité, et la propension à prendre des risques (Miller, 1983). Les gestionnaires publics, ainsi mis à l’épreuve des résultats (Mazouz et al., 2015), sont amenés à mettre en œuvre des pratiques et des processus qui permettent de développer un service public de qualité créateur de valeur publique. Mais sont-ils pour autant en capacité d’adopter une posture entrepreneuriale ?  

Les gestionnaires publics sont en effet confrontés à des tensions entre des dispositifs et des processus qui mettent l’accent sur les résultats, selon une logique managériale, et des instruments qui encadrent les règles et les moyens, dans une logique bureaucratique. Ces tensions peuvent constituer des freins à l’adoption d’innovations dans le secteur public, en d’autres termes à l’entrepreneuriat public défini par Roberts (1992, p.56) comme « la génération d’une idée nouvelle ou innovante et la conceptualisation et l’implémentation d’une idée innovante dans les pratiques du secteur public ». Faut-il alors miser sur l’innovation organisationnelle afin d’améliorer les résultats d’une administration « saisie par le design » (Coblence et Pallez, 2015) et en quête de légitimité ? Quels sont les types d’innovations publiques (Windrum,  2008) ? Quels sont les déterminants et les freins à l’innovation publique (Boukamel et Emery, 2018) et à leur diffusion ? Comment développer une relation co-créative productive entre l’Etat et les citoyens ? Comment se déroule le processus d’innovation dans le secteur public ? Voilà autant de questions centrales au cœur de la mutation des organisations publiques. Le rôle des fonctionnaires et/ou des décideurs politiques (Bernier et Hafsi, 2002) dans le portage d’une innovation fait-il d’eux des entrepreneurs institutionnels (Lawrence et al., 2010) qui conçoivent et développent de nouveaux cadres de l’action collective ? Les écrits de ce neuvième colloque de l’AIRMAP doivent permettre de mieux comprendre les enjeux, la nature des innovations, et les différents rôles des acteurs dans les processus innovants.

Dès 1996, les Premières rencontres « Ville Management » faisaient émerger des questionnements proches, ceux  du maire entrepreneur. Il s’agissait d’identifier les entrepreneurs publics, autrement dit les acteurs publics porteurs d’un projet ou d’une démarche innovante au sein d’une organisation publique ou poli­tique (Brénac et al., 1987). Selon Le Duff et Orange (1996, p. 36), ce maire  entrepreneur n’est pas seulement un manager ; il se distingue par « sa capacité à changer le visage de la ville dans la mise en œuvre des grandes ambitions ». Nobile et Husson (2017) soulignent pour leur part que l’orientation entrepreneuriale des collectivités territoriales est enrichie d’une dimension sociale. Les mutations du contexte institutionnel ont conduit les collectivités territoriales, largement engagées dans la modernisation du secteur public, à développer des innovations managériales. Ces innovations peuvent être portées par l’entrepreneur politique,  individu (fonctionnaire, homme politique, élu) qui remet en cause l’ordre établi et/ou les valeurs dominantes, et qui joue un rôle innovant et structurant au sein de son organisation (Attarça et Lassalle-de Salins, 2013).

Cette logique entrepreneuriale touche toutes les organisations publiques. L’Université entrepreneuriale (Etzkowitz, et al., 2000 ; Clark, 1998), autrement dit, l’Université à l’heure du New Public Management, en est l’illustration. Dans un contexte de compétition mondiale, l’Université se doit désormais d’être innovatrice, proactive et sensible aux besoins des différentes parties prenantes concernées (Leroux et Pupion, 2012), en développant des stratégies et discours adaptés. En filigrane, c’est la responsabilité sociétale de l’Université, enracinée localement et soucieuse du développement territorial, qui est évoquée. Les questionnements relatifs à l’Université entrepreneuriale, visent à intégrer la question du développement économique au cœur des activités académiques, de la gouvernance, du pilotage et du financement des universités. La proximité de l’Université avec l’entrepreneuriat peut être envisagée à travers l’accompagnement des étudiants porteurs d’un projet d’entreprise, nouveau défi pour l’Université (Matt et Schaeffer, 2018). Les politiques publiques d’enseignement supérieur et de recherche depuis une vingtaine d’années ont en effet incité les universités à s’impliquer dans l’écosystème entrepreneurial (Stam and Spigel, 2017 ; Isenberg, 2011 ; Spilling , 1996) territorial à travers l’évolution de leur statut, des injonctions à introduire l’entrepreneuriat dans les programmes de formation et leur soutien à l’entrepreneuriat via plusieurs dispositifs : les incubateurs académiques, les PEPITE, le D2E, ou encore le renforcement de l’articulation incubateurs/SATT. Ces dispositifs s’ajoutent à une multiplicité de dispositifs qui caractérise les politiques publiques en faveur de l’entrepreneuriat. Ces politiques se fondent sur la croyance qu’un support public de l’entrepreneuriat favorise la croissance économique, la création d’emplois, en particulier à l’échelle territoriale, et renforce la compétitivité internationale (Audretsch et Beckmann, 2007). Mais le manque d’efficacité de ces politiques publiques a pu être pointé du doigt (Acs et al., 2016 ; Arshed et al., 2014).

Des relais territoriaux de ces politiques apparaissent donc comme nécessaires. D’autant que les leaders publics, qui vont promouvoir l’entrepreneuriat et les entrepreneurs, semblent être des acteurs déterminants d’un écosystème entrepreneurial performant, acteurs parmi lesquels il est possible de ranger les collectivités territoriales. Celles-ci ont créé sur leur territoire des structures dédiées à l’accompagnement des créateurs d’entreprise (incubateurs, pépinières, centres de transfert de l’innovation…).

 L’objet de ce colloque AIRMAP 2020 est de dresser un état des lieux et des perspectives pour mieux comprendre comment l’entrepreneuriat peut permettre au management public de se réinventer sans se perdre. Afin d’alimenter la réflexion sur cette voie, le 9ème colloque AIRMAP invite à éclairer les questions suivantes :

- L'entrepreneuriat dans le secteur public est-il possible?

- Quels sont les processus mis en œuvre pour implémenter une innovation dans le secteur public ?

- Les acteurs sont-ils en mesure de porter une innovation dans le secteur public ?

- Quelle est la pertinence, l’utilité de la figure de l’entrepreneuriat dans le secteur public pour étudier un processus d’innovation ?

- Des processus d’hybridation des dispositifs déployés permettent-ils d’incorporer et contextualiser les nouveaux outils au sein des pratiques existantes des organisations publiques? 

- Les normes, modèles et valeurs du secteur public impactent-ils la substance et la forme de l’innovation?

- Les politiques de soutien à l’entrepreneuriat sont-elles désirables et efficaces ?

- En quoi la fabrique des politiques publiques est-elle aujourd’hui vue comme une co-construction entre une multiplicité d’acteurs publics et privés ?

Ces questionnements ne sont pas limitatifs, sachant que des débats sont ouverts mais les avancées, politiques, théoriques et pratiques semblent timides.

Eléments Bibliographiques

ACS, Z.; ASTEBRO, T.; AUDRETSCH, D.; ROBINSON, D.T. (2016). “Public policy to promote entrepreneurship: a call to arms”. Small Business Economics, n°47, pp. 35–51.

ARSHED, N.; CARTER S.; MASON, C. (2014). “The ineffectiveness of entrepreneurship policy: is policy formulation to blame?”, Small Business Economics, n°43, pp. 639–659.

ATTARCA, M.; LASSALLE-DE-SALINS, M. (2013). « Quand l'entrepreneur devient entrepreneur politique: Le cas du développement de la méthanisation agricole en France », Revue Française de Gestion, n°232, pp. 25-44.

AUDRETSCH, D.B.; BECKMANN, I.A.M. (2007). “From small business to entrepreneurship policy”. In D. B. Audretsch, I.Grilo, & A. R. Thurik (Eds.), Handbook of research on entrepreneurship policy (pp. 36–53). London: Edward Elgar Publishing.

BERNIER,  L.;  HAFSI T. (2002). « Innovation et entrepreneurship dans la réforme du secteur public au Canada », La Revue de l’innovation: La Revue de l’innovation dans le secteur public, Vol.7, n°2, article 4.

BOUKAMEL, O.; EMERY, Y. (2018). « Les freins culturels à l’innovation dans l’administration publique : spécificités helvétiques », Gestion et management public, Vol.6, n°4, pp. 25-43.

BRENAC, E.;  MALLEIN, P.;  TOUSSAINT, Y.; JOBERT, B.;  PAYEN, G. (1987). « La contribution des entreprises publiques à l’élaboration des politiques gouvernementales : la DGT et le plan câble », Réseaux, Vol.5, n° 24, pp. 7-56.

CLARK, B.R. (1998). Creating the Entrepreneurial University. Pergammon: Oxford: IAU Press.

COBLENCE, E.; PALLEZ, F. (2015). « Nouvelles formes d’innovation publique, L’administration saisie par le design », Revue Française de Gestion, n°251, pp.97-114.

ETZKOWITZ, H.; WEBSTER, A.; GEBHARDT, C.; CANTISANO, B.R. (2000). “The future of the university and the university of the future: evolution of ivory tower to entrepreneurial paradigm”, Terra Research Policy, n°29, pp. 313–330.

ISENBERG, D. (2011). “The entrepreneurship ecosystem strategy as a new paradigm for economic policy: Principles for cultivating entrepreneurship”. Institute of International European Affairs, Dublin, Ireland.

LAWRENCE, T.; SUDDABY, R.; LECA, B. (2010). “Institutional Work: Refocusing Institutional Studies of Organization”. Journal of Management Inquiry, Vol.20, n°1, pp.52–58.

LE DUFF, R. ; ORANGE, G. (1996). « Essai de typologie du Maire-Entrepreneur des grandes villes françaises », In Le Maire-Entrepreneur ?,pp. 35-69, Pau : Presses Universitaires de Pau.

LEROUX, E.; PUPION, P.C. (2012). « Bilan social et personnel à l'épreuve de la nouvelle gouvernance des universités », Management & Avenir, Vol.55, no. 5, pp. 252-271.

MATT, M., SCHAEFFER, V. (2018). “Building Entrepreneurial Ecosystems Conducive to Student Entrepreneurship: New Challenges for Universities”, Journal of Innovation Economics & Management, n°1, pp. 9-32.

MAZOUZ, B.; ROUSSEAU, A.; SPONEM, S. (2015). « Les gestionnaires publics àl’épreuve des résultats », Revue Française de Gestion, n°251, pp. 89-95.

MILLER, D. (1983). “The correlates of entrepreneurship in three types of firms”, Management Science, n°29, pp. 770-791.

NOBILE, D.; HUSSON, J. (2017). « L’orientation entrepreneuriale d’une collectivité territoriale vue à travers le prisme d’une démarche d’accompagnement », Revue Management et Avenir, n°91, pp. 15-38.

OSBORNE, D.; GAEBLER, T. (1992). Reinventing Government: How the Entrepreneurial Spirit is transforming the Public Sector, Reading, MA: Addison-Wesley.

ROBERTS, N. (1992). “Public Entrepreneurship and Innovation”, Review of Policy Research, Vol.11, pp. 55-74.

SPILLING, O.R. (1996). “The entrepreneurial system: on entrepreneurship in the context of a megaevent”. Journal of Business Research,n°36, pp.91–103.

STAM, E.; SPIGEL, B. (2017). “Entrepreneurial Ecosystems”, In Blackburn, R., De Clercq, D., Heinonen, J. & Wang, Z. (Eds) Handbook for Entrepreneurship and Small Business. London: SAGE.

WINDRUM, P. (2008). “Innovation and entrepreneurship in public services”, InWindrum, P. & Koch, P.M. (Eds.), Innovation in public sector services: entrepreneurship, creativity and management. London: Edward Elgar Publishing.

COMITE SCIENTIFIQUE

Charlène ARNAUD, Université de Versailles-Saint Quentin, IAE-ISM-LAREQUOI, France

Mourad ATTARÇA, Université de Versailles-Saint Quentin, IAE-ISM-LAREQUOI, France

Annie BARTOLI, Université de Versailles-Saint Quentin, IAE-ISM-LAREQUOI, France 

Isabelle BORIES-AZEAU, Université de Montpellier, MOMA France

Laïd BOUZIDI, Université Jean Moulin Lyon 3, IAE Lyon, France

David CARASSUS, Université de Pau et des Pays de l’Adour, France

Didier CHABAUD, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, IAE Paris, France

Yves CHAPPOZ, Université Jean Moulin Lyon 3, IAE Lyon-MAGELLAN, France

Stéphanie CHATELAIN-PONROY, CNAM, France

Heungsuk CHOI, Korea University, Corée du Sud

Hervé CHOMIENNE, Université de Versailles-Saint Quentin, IAE-ISM-LAREQUOI, France

Choon-Sik CHUNG, Université de KyungSung, Corée du sud

Philippe COHARD, Université de Montpellier, MOMA, France

Thierry CÔME, Université de Reims Champagne-Ardennes, France

Nathalie COMMEIRAS, Université de Montpellier, France

Jean-Marie COURRENT, Université de Montpellier, MOMA, France

Sophie CROS, Université Le Havre Normandie, ISEL, France

Paul CROZET, Université d’Amiens, France

Jean DESMAZES, Université de La Rochelle, IAE La Rochelle, France

Philippe DORBAIRE, Université de Poitiers, France

Jérôme DUPUIS, Université de Lille, France

Ariel EGGRICKX, Université de Montpellier, France

Yves EMERY, Université de Lausanne, Suisse

Jae-Ho EUN, Korean Institute of Public Administration, Corée du sud

Christophe FAVOREU, Toulouse Business School, France

Irène GEORGESCU, Université de Montpellier, MOMA, France

David GIAUQUE, Université de Lausanne, Suisse

Solange HERNANDEZ, Aix-Marseille Université, IMPGT, France

Alfred T. HO, School of Public Affairs & Administration, University of Kansas, Etats-Unis

David HURON, Université Côte d’Azur, IAE Nice, GRM, France

Tobin IM, Seoul National University, Corée du sud

Robert LE DUFF, Université de Caen, NIMEC, France

Norbert LEBRUMENT, Université Clermont Auvergne, France

Hae-Young LEE, Université de YeungNam, Corée du sud

Erick LEROUX, Université Paris 13, France

Marc LEROY, Université de Reims-Champagne

Antoine MASINGUE, Université de Valenciennes, France

Christophe MAUREL, Université d’Angers, France

Bachir MAZOUZ, Ecole Nationale d’Administration Publique, Québec

Karim MESSEGHEM, Université de Montpellier, MOMA, France

Laurence MORGANA, CNAM, France

Gérald NARO, Université de Montpellier, MOMA, France

Florence NOGUERA, Université Paul Valéry Montpellier 3, France

Gérald ORANGE, Université de Rouen, NIMEC, France

François PICHAULT, Université de Liège, HEC École de gestion, Belgique

Florent PRATLONG, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, France

Pierre-Charles PUPION, Université de Poitiers, France

Hae-Ok PYUN, Université d’Orléans, CRJ Pothier, Ministère de l’action et des comptes publics, France

Madina RIVAL, CNAM, France

Corinne ROCHETTE, Université Clermont Auvergne, France

Gilles ROUET, Université de Versailles-Saint Quentin, IAE-ISM-LAREQUOI, France

Sylvie SAMMUT, Université de Montpellier, MOMA, France

Grégory SPIETH, Université d’Orléans, France

Bruno TIBERGHIEN, Aix-Marseille Université, IMPGT, France

Jean-Marc VANDENBERGH, CAPAC, Belgique

Pyeong Jun YU, Yonsei University, Corée du Sud

Kwan-Jaï YUN, Université de YeungNam, Corée du Sud

COMITE D'ORGANISATION

Bernard AUGE, Université de Montpellier, MOMA

Marlène BARREDA, Université de Montpellier, IUT de Montpellier Sète

Benjamin BENOIT, Université de Perpignan – Via Domitia

Isabelle BORIES-AZEAU, Université de Montpellier, MOMA

Ludivine CLOUZOT, Université de Montpellier, MOMA

Philippe COHARD, Université de Montpellier, MOMA

Nathalie COMMEIRAS, Université de Montpellier, IUT de Montpellier Sète

Ariel EGGRICKX, Université de Montpellier, IUT de Montpellier Sète

Irène GEORGESCU, Université de Montpellier, MOMA

Florence NANDE, Université de Montpellier, IUT de Nîmes

Gérald NARO, Université de Montpellier, MOMA

Patrice NDIAYE, Université de Montpellier, MOMA

Alexandre VERNHET, Université de Montpellier, MOMA

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